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ZLEACf : l’Afrique face à sa métanoïa

Les barrières tarifaires tombant avec l’institution de la ZLECAf, il va falloir s’attaquer aux barrières non tarifaires. La tâche, aux regards des besoins, est grande, et les opportunités immenses.

by Serge D. Bontsebe

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«Cela va nous prendre beaucoup de temps. Si vous n’avez pas les routes, si vous n’avez pas l’équipement adéquat pour que les autorités douanières à la frontière puissent faciliter le transit rapide et efficace des marchandises… si vous n’avez pas l’infrastructure, souple comme matérielle, cela réduit la portée de cet accord». Ce commentaire du Secrétaire général de la Zone de Libre échange continentale africaine (ZLECAf), Wamkele Mene, au Financial Times, début 2021, quelques jours seulement après l’entrée en vigueur de l’accord qui régit cette zone, a eu le don de mobiliser et de fixer, comme rarement avant, l’attention des Africains et de leurs partenaires internationaux, sur le déficit des infrastructures physiques de communication transfrontalières, et en particulier celui des corridors transafricains.

Si l’Afrique a jusqu’ici démenti les cassandres qui lui promettaient un chaos sanitaire et humanitaire (selon l’Organisation mondiale de la Santé, au 9 février 2021, l’Afrique a enregistré au total 2 650 948 cas de contamination à la Covid-19 sur les 106 321 987 cas recensés dans le monde, et 66 145 décès au total sur les 2 325 282 décès enregistrés dans le monde) dû à la pandémie, c’est sur les plans économique et social que la facture est lourde : de 3,4% en 2019, la croissance du continent devrait tomber, selon la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), à 1,8% voire, -4,1% en 2020. Selon la même source, «les prix de plus de 2/3 des matières premières africaines exportées ont chuté en 2020. Le prix du pétrole, qui représente 40 % des exportations africaines et 7,4 % du PIB du continent, s’est effondré de plus de 50 %, atteignant son plus bas niveau depuis 2003. Les prix des métaux ont chuté de 20 % et ceux du coton de 26 %». La CEA prévoit par ailleurs «une perte des revenus des carburants se chiffrant à au moins 65 milliards de dollars en 2020». Conséquence, prévient la CEA, «la pandémie fera basculer 5 à 29 millions de personnes en dessous du seuil d’extrême pauvreté fixé à 1,90 dollar par jour, par rapport à un scénario de référence de la croissance africaine en 2020». Plus pessimiste encore, la Banque Africaine de Développement (BAD) annonce qu’«entre 28,2 et 49,2 millions d’Africains en plus pourraient être poussés dans l’extrême pauvreté», «et l’on estime, poursuit-elle, que 24,6 à 30 millions d’emplois pourraient être perdus en raison de la pandémie», dans le supplément post-Covid de ses «Perspectives économique en Afrique 2020».

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Forte dépendance extérieure

Dans la dernière édition de leur rapport annuel conjoint sur les politiques de développement en Afrique, la Commission de l’Union africaine (UA) et le Centre de Développement de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) assurent que «la pandémie de COVID‑19 constitue le plus grand choc subi par l’économie africaine depuis le début du siècle».

Cette facture économique et sociale aussi élevée, c’est en grande partie, mais pas seulement, à son exposition aux chaînes logistiques internationales et au commerce extérieur que l’Afrique le doit. Selon la Banque africaine d’Import-Export Afreximbank, le commerce intra-africain représentait 14,4 % en 2019, contre 73% pour le commerce du continent avec l’Europe, et 52% pour son commerce avec l’Asie. «Acteur mineur du commerce international, le continent est néanmoins très dépendant du reste du monde pour son économie -les exportations de biens et de services représentant plus d’un quart du PIB dans environ deux tiers des pays africains, ainsi que pour son approvisionnement», constate l’Agence française de Développement (AFD), dans son édition 2021 de «l’Economie africaine».

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Dans le rapport précédemment cité, l’UA et l’OCDE constatent par exemple que, «dans 11 pays (Algérie, Angola, Cabo Verde, Congo, Libye, Maroc, São Tomé‑et‑Príncipe, Sierra Leone, Soudan du Sud, Tchad et Tunisie), les exportations vers la Chine, les pays de l’UE (Union Européenne, ndlr) et les États‑Unis représentaient en 2017 plus de 70 % des exportations totales». «Dans 14 pays, les recettes touristiques dépassaient les 10 % du PIB en 2019 : Botswana, Cabo Verde, Comores, Égypte, Gambie, Lesotho, Madagascar, Maurice, Namibie, Rwanda, Sénégal, Seychelles, Tanzanie et Tunisie», pointe encore le rapport.

Pour les Etats, les entreprises et les ménages africains, la pandémie liée à la Covid-19 se révèle déjà comme un brutal et traumatisant rappel à l’ordre, qui intime la voie à suivre : un abandon de ce tropisme mondial et un repositionnement vers l’hinterland. L’entrée en vigueur le 1er janvier 2021, et ce au bout de longues années de négociations, de la Zone de Libre-échange continentale (ZLECAf), semble indiquer que les dirigeants publics africains ont pris toute la mesure du défi. Reste maintenant à opérationnaliser cette ZLECAf et à lui donner corps.

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En attendant que des questions plus techniques soient réglées, et notamment celle des règles d’origine qui permettrait de déterminer avec plus de précision les produits «made in Africa», et donc les produits qui sont concernés par les démantèlements tarifaires, «investors4africa» ouvre une série sur l’ensemble de ses supports pour suivre, monitorer, démocratiser, interroger, analyser, commenter, bref, aider à la compréhension des défis, des contraintes, des enjeux, mais surtout, des immenses opportunités que cette métanoïa ouvre pour le continent et ses acteurs.

 

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