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Pr Christophe Bring : « Le manque de financements reste le problème majeur à la réalisation du projet de la Grande Muraille Verte pour le Sahel »

Le directeur de la Conservation et de la Gestion des Ressources naturelles au ministère de l'Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement durable du Cameroun, Christophe Bring, fait le point de la mise en œuvre du projet de la Grande Muraille Verte pour le Sahel, et présente les efforts fournis par le Cameroun dans ce sens.

by Madeleine Maxime Kana

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A votre avis, quelles sont les stratégies à développer pour accélérer le projet le projet de la Grande Muraille Verte à l’horizon 2030 ?

Il faut d’abord se souvenir que le défi de borne proposait qu’en restaurant 350 millions d’hectares de terres dégradées à travers le monde, on pourrait mieux impacter sur la question de changement climatique. Donc, avec la proposition du défi de borne, on imagine qu’on pourrait efficacement contribuer à lutter contre les changements climatiques d’ici 2030.

Et l’échéance étant planifiée pour être atteinte dans 10 ans, on peut dire que l’initiative de la Grande Muraille Verte pourrait contribuer à l’atteinte de cet objectif. Au niveau de l’Afrique donc, un projet a été mis en place et organisé pour permettre de réaliser cet objectif de 350 millions d’hectares de terres.

Les pays africains, avec l’apport des partenaires internationaux, entendent restaurer 100 millions d’hectares de paysage et de terres dégradées d’ici 2030. Ce qui signifie que ce sera un apport assez important à la lutte contre les changements climatiques à travers la restauration des paysages.

Ce défi a été perçu assez profondément par les pays africains en ce sens que, sur les 100 millions d’hectares qui ont été identifiés comme apport par les pays africains, on est pratiquement à 28 pays sur 97 qui ont déjà déclaré leur contribution à cette initiative de 100 millions d’hectares à reboiser. Sur les 28 pays, l’ensemble des contributions qui ont déjà été déclarées de part et d’autre va au-delà de l’ambition de 100 millions d’hectares.

Selon ces déclarations en effet, nous serions déjà autour de 108 millions d’hectares de terres rétablies. Par conséquent, si cet objectif est atteint, l’effort devrait être assez remarquable en termes de stratégies ou d’actions de lutte contre les changements climatiques.

Le projet devrait continuer de fédérer plus de pays africains…

En effet. Il est certes vrai que l’initiative de la Grande Muraille qui a été lancée autour des années 2007, avec les premières idées qui ont été développées, n’était mise en œuvre que par les onze pays concentrés seulement sur la zone sahélienne de l’Afrique pour essayer d’impacter sur la bande des 15 kilomètres de large et environ 8 000 Kilomètres de longueur, qui va du Sénégal à Djibouti, en vue d’inverser la tendance à la dégradation des paysages et des terres.

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Tel que cela a été présenté, je pense que c’est un défi assez noble, qui pourrait changer les tendances actuelles en matière de dégradation des paysages, et partant, améliorer les actions de lutte contre les phénomènes climatiques.

L’initiative de la Grande Muraille Verte, dans sa conception actuelle qui intègre les pays qui ont des bassins en rapport avec cette bande qui a été identifiée initialement pourrait donc améliorer davantage la stratégie de lutte contre les changements climatiques, en ceci qu’on sortirait des onze pays sahéliens qui sont engagés actuellement à travers l’Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte, pour devenir une stratégie assez globale qui intègre encore plus de pays et qui pourrait aider à atteindre le projet.

Actuellement, l’ambition est peut être assez loin des ambitions qui ont été définies dès le départ, mais ayant identifié la question de financements comme problème à la base, on peut dire que c’est la rareté, le manque ou l’insuffisance des moyens financiers qu’ont connu les pays dans le cadre de la restauration des terres et des paysages, qui a beaucoup impacté sur l’atteinte de ces ambitions.

Donc, la question des ressources financières est primordiale dans la réussite de l’initiative de la Grande Muraille Verte. Et comme vous l’avez dit, lors du Sommet de Paris initié en rapport avec les actions de lutte contre les changements climatiques et qui est prôné par la France, pays qui a assuré en quelque sorte la production de l’Accord dit de Paris sur les changements climatiques, les Etats avaient pris des engagements.

Nous avons donc espoir que les déclarations qui ont été faites à la fois par la BAD (la Banque africaine de Développement, ndlr) et la France en faveur de la mobilisation de plus de ressources dans la redynamisation du Programme de la Grande Muraille Verte, contribueront à réaliser les actions de lutte contre les changements climatiques à travers la restauration des paysages et des terres.

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Et nous pensons qu’aujourd’hui, tous les pays de l’Agence Panafricaine et tous les pays hors de cette zone initialement identifiée, comme le Cameroun, pourraient avec efficacité aider à atteindre ces objectifs.

En quoi la grande Muraille Verte va accroitre la richesse économique des pays du Sahel ?

En ce qui concerne l’emploi par exemple, à travers les actions de reboisement, les actions conservatrices de gestion de l’eau et du sol, il y a un besoin de recrutement en termes de main d’œuvre. Il est question ici d’offrir des emplois aux populations riveraines afin qu’elles soient impliquées dans la réalisation des activités sur le terrain.

Ce qui induira l’amélioration des conditions de vie des populations dans la zone sahélienne. Prenons l’exemple du reboisement, il faudra recruter du personnel pour les actions de piquetage, de trouaison, les actions de mises en terre et les actions post plantations (opération qui suit la plantation des arbres et qui intègre à la fois la surveillance des sites, la lutte contre le braconnage et la prédation des animaux, l’arrosage…) Tout ceci contribue à protéger l’environnement.

Ces actions permettront à travers une main d’œuvre de qualité, l’amélioration des cycles de croissance et par ricochet, impulseront l’accroissement du Produit Intérieur Brut des pays du Sahel.

Quelles sont les menaces qui pèsent sur l’initiative de la Grande Muraille Verte ?

La première contrainte est le manque de financements. Il faut qu’on trouve des ressources financières pour essayer de mettre en œuvre tout ce qui a été identifié par chaque pays du Sahel à travers la production des stratégies nationales relatives à la Grande Muraille Verte et leurs plans d’actions.

Car il faut souligner que tous les pays engagés dans cette initiative ont produit leurs stratégies avec un plan d’action qui définit clairement les moyens à mettre en œuvre pour atteindre cet objectif. Le Cameroun a produit sa stratégie et son plan d’action afin d’impacter sur la question. Et cela rejoint les efforts faits par notre pays, notamment dans le cadre de la production du plan national de lutte contre la désertification.

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Mais aussi notre engagement à d’autres initiatives telles que la production des cibles en matière de neutralité dans le cadre de la dégradation des terres (initiative prônée par la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification). Le Cameroun a défini ses cibles et nous sommes en train de passer à la phase de développement des projets qui devraient à terme contribuer à l’atteinte de la neutralité en matière de dégradation des paysages.

Donc je pense, à mon humble avis, que si les ressources financières sont disponibles, tout ce cadre stratégique et d’actions adopté par les pays pourrait nous permettre de produire des résultats positifs. Parce que l’engagement des pays se traduit aussi par les efforts faits au niveau de chaque Etat pour contribuer efficacement à la mise en œuvre réelle et effective du projet de construction de la Grand Muraille Verte.

Par conséquent, ces annonces de financement pourraient avoir un impact remarquable sur le terrain à travers tout ce qui sera développé dans le cadre des plans d’actions élaborés au niveau des pays.

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