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Marché hôtelier africain : Une niche pour les grandes enseignes internationales

La croissance économique soutenue du continent depuis l’an 2000, couplée à l’explosion démographique et à la croissance de la classe moyenne, etc, sont autant d’arguments pour investir dans le secteur hôtelier africain aujourd’hui.

by Joseph Djotié

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Marché hôtelier
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De moins de 200 chambres il y a une dizaine d’années, nous sommes aujourd’hui à plus de 4000 chambres », s’est ainsi vanté le président tchadien, Idriss Déby Itno, lors de la cérémonie d’inauguration du Radisson Blu Hotel de N’Djamena le 28 juin 2017. Le bel édifice de 175 chambres (dont 38 suites), situé au bord du fleuve Chari qui traverse la capitale tchadienne, renforce ainsi la capacité d’accueil du pays, en plus des 300 emplois directs que génère ce projet qui aura coûté 60 milliards de FCFA (120 millions de dollars) à l’Etat tchadien. En effet, l’ouverture du Radisson Blu Hotel dans la capitale tchadienne n’est pas le fruit du hasard. Elle est la résultante de l’attractivité du secteur hôtelier africain. En l’espace de cinq ans, le Radisson Hotels Group, qui compte 90 hôtels (18000 chambres) en exploitation et en cours de développement sur le continent, en a ouvert plusieurs autres établissements hôteliers du même nom.

A l’instar du Radisson Blu Hotel d’Abidjan (83,85 millions d’euros d’investissement), inauguré le 17 mars 2016, ou le deuxième Radisson Blu Hotel de Lagos, ouvert aux clients le 16 janvier 2018. Pas plus tard que le 02 octobre 2018, le groupe  Radisson a annoncé (via un communiqué de presse)  l’ouverture de 10 nouveaux hôtels en Afrique au cours des neuf prochains mois. Loin de lui abandonner cet énorme gâteau, ses concurrents  dont l’américain Mariott International (109 hôtels sur le continent et 12 925 chambres)  et le français AccordHotels (qui compte 114 hôtels en Afrique) ont respectivement annoncé en juillet 2018 et  début octobre de la même année la consolidation de leur présence africaine.

Alors que le groupe Accord confirme la création d’un fonds d’investissement de plus d’un milliard de dollars US, son concurrent Mariott prévoit d’augmenter son portefeuille de 50% d’ici 2023. Aux côtés de ces mastodontes qui se déploient un peu partout en Afrique, l’on assiste depuis quelques années à l’émergence d’entrepreneurs locaux qui ne cachent plus l’envie de se faire une place dans ce secteur d’activité de plus en plus attractif. A côté d’hommes d’affaires dynamiques à l’instar du Camerounais Pascal Monkam, qui est propriétaire d’une chaîne hôtelière dans son pays (La Falaise)  et en possède d’autres en Afrique du Sud, des groupes africains tels que les sociétés Onomo s’activent de plus en plus. A Douala, par exemple, Onomo y construit depuis 2018 un hôtel 3 étoiles.En 20 ans de présence dans ce secteur d’activité, le groupe Azalai Hotels du Malien Mossadeck Bally compte déjà 07 hôtels dans cinq pays d’Afrique de l’Ouest, avec à la clé un chiffre d’affaires d’environ 35 millions de dollars. En matière de dynamisme et de résilience, ces groupes sont à saluer…

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L’Afrique compte 168 fois moins de chambres d’hôtels par million d’habitants qu’aux Etats-Unis

Preuve s’il en était encore besoin que le secteur hôtelier africain porte. D’où la ruée des grandes enseignantes internationales sur le continent depuis un certain temps. Contrairement aux années 1990 où, en raison de la crise économique,  beaucoup d’investisseurs avaient cessé de croire en l’Afrique, les données semblent avoir changé. D’après le rapport 2018 du W. Hospitality Group, le nombre projets hôteliers au profit du continent a plus que doublé depuis 2009. « De 114 Hôtels pour environ 30000 chambres en 2009, le nombre de projets hôteliers en Afrique est passé à près de 417 hôtels pour près de 73000 chambres  en 2017», souligne le rapport. En plus de la croissance économique du continent, plus rapide que partout ailleurs au monde, qui plaide en faveur de l’attractivité du secteur hôtelier africain aujourd’hui, les études récentes montrent qu’il faut également considérer la faible présence des grandes enseignes sur le continent, l’explosion démographique de l’Afrique ou encore l’arrivée de plus en plus importante du nombre de touristes.

Selon le rapport W Hospitality Group, que cite la revue de Propaco de juin 2018 (Secteur privé & Développement) relative au secteur hôtelier et touristique en Afrique, ce sont environ 62 millions de touristes internationaux qui se sont ainsi rendus en Afrique, soit une augmentation de 8% par rapport à 2016. Et d’après la Cnuced (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement), l’activité touristique a généré 21 millions d’emplois la même année. Selon la revue de Proparco de juin 2018, l’Afrique compte 168 fois moins de chambres (89) par million d’habitants, contrairement aux Etats-Unis, qui compte 15000 chambres d’hôtels affiliées à une chaîne, pour un million d’habitants.

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Un potentiel encore faiblement exploité

En effet, l’Afrique devrait, selon divers rapports, accueillir plus d’enseignes. Les données de Horwath HTL  renseignent par exemple que le nombre de chambre aux standards internationaux en Afrique subsaharienne s’élève à 72000, dont plus de la moitié sont opérées sous enseigne. « L’autre moitié est une offre locale aux standards satisfaisants, capable de concurrencer les établissements sous enseigne du fait du déséquilibre entre l’offre et la demande, plutôt que par son niveau de services », affirme Proparco, dans sa revue de juin 2018 sur le secteur hôtelier en Afrique. A en croire le document, seule l’Afrique australe a un taux de pénétration des enseignes au-dessus de la moyenne, et plus particulièrement l’Afrique du Sud, dont la maturité économique a entraîné un développement hôtelier plus ancien. Ce qui signifie que la faible présence des enseignes sur le continent constitue une réelle opportunité d’investissement pour les opérateurs hôteliers. « A l’échelle du continent, l’offre d’hôtels 3 et 4 étoiles est majoritaire, devant le segment des hôtels 5 étoiles », assure Proparco.

Quant à la demande, elle est caractérisée, apprend-on, par quatre grands types de clientèles : une clientèle d’affaires, largement dominante (jusqu’à 80% selon les marchés) ; une clientèle de loisirs, complémentaire et variable selon les régions (elle est plus importante en Afrique australe et de l’Est), souvent en transit vers des sites touristiques ; l’activité MICE, de plus en plus dynamique en Afrique grâce à l’amélioration de l’offre en salle de réunion, via l’entrée sur le marché d’établissements sous enseigne de qualité ; et enfin, la clientèle issue des équipages aériens, qui croit grâce au développement des vols vers l’Afrique et des vols intérieurs. « L’Europe et l’Amérique du Nord ont longtemps été les premiers marchés émetteurs en Afrique, sur le segment affaires comme loisirs. Avec la croissance des liaisons aériennes régionales, le développe¬ment des échanges commerciaux régionaux et la croissance de la classe moyenne, la demande issue du continent africain connaît une croissance continue», précise l’enquête de  Proparco.

 

Contourner les freins

Ainsi présenté, l’on pourrait aisément croire que le secteur hôtelier africain ne comporte aucun risque. Bien sûr que non, car plusieurs écueils existent. Ils vont, d’après nombre d’études, de l’accès difficile au foncier à la recherche de financement  (avec des sponsors souvent en manque d’argent), en passant par le coût des devises ou encore la méconnaissance du secteur hôtelier par les banques commerciales locales, les freins liés aux processus de construction, parmi lesquels la lenteur des travaux, la qualité des finitions ou encore l’importation de matériaux, etc…Pour contourner les obstacles, les experts recommandent aux investisseurs de se faire aider par des cabinets conseils. Car, l’un des freins majeurs rencontrés dans l’exécution  des projets hôteliers réside parfois dans le manque d’orientations de départ précises et dans l’insuffisance des diligences préalables.

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Proparco, dans sa revue de juin 2018, recommande l’étude de faisabilité qui est en fait indispensable non seulement pour assurer le financement ou attirer un opérateur de qualité, mais aussi pour garantir que le site sera exploité au maximum de son potentiel.  « Il n’y a pas lieu de construire un hôtel de luxe de 400 chambres si le marché réclame plutôt un établissement intermédiaire de 200 chambres, qui assurera une rentabilité bien supérieure. Pour un coût pouvant aller de 30 000 à 40 000 dollars, l’étude de faisabilité permettra en règle générale d’éviter des erreurs nettement plus onéreuses », précise-t-elle, citant l’intervention de la société W Hospitality Group qui a par exemple permis de réduire le coût de construction d’un projet de 30 %, tout en accroissant sa valeur finale de pas moins de 20 millions de dollars, avec à la clé, pour les investisseurs, un rendement de 40 % en incluant l’endettement.

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