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L’Afrique peut dépenser sur place les 4,2 milliards de dollars qu’elle consacre par an à l’importation de poissons surgelés

4,2 milliards de dollars US, l’équivalent de 2500 milliards de FCFA. Selon les Perspectives alimentaires 2018, un rapport que la FAO publie chaque semestre sur la situation de l’alimentation et le commerce des produits de consommation

by Joseph Djotié

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4,2 milliards de dollars US, l’équivalent de 2500 milliards de FCFA. Selon les Perspectives alimentaires 2018, un rapport que la FAO publie chaque semestre sur la situation de l’alimentation et le commerce des produits de consommation dans plusieurs régions du monde, c’est le montant d’argent que le continent  dépense en moyenne pour s’approvisionner en poissons surgelés chaque année. Sachant que l’Afrique dépense  en moyenne 35 milliards de dollars par an pour se nourrir, selon la FAO, cela représente 12% de ses dépenses alimentaires sur l’année. Un montant élevé qui a fait réagir le président de  la Banque africaine de développement (BAD), Dr.Akinwumi Adesina, le 28 juillet 2017,  pendant la célébration du 50ème anniversaire de l’Institut international pour l’agriculture tropicale.  « Les 35 milliards de dollars que l’Afrique dépense ainsi pour se nourrir par an doivent rester sur le continent. C’est un vaste marché que les jeunes africains doivent exploiter afin de créer des richesses chaque année », avait-il déclaré, annonçant  un plan de 24 milliards de dollars (programme Feed Africa) que la BAD s’apprête à déployer dans l’optique de renverser la tendance.

Un ambitieux programme de la BAD qui devrait permettre de créer de la richesse sur le continent et des millions d’emplois pour la jeunesse, contrairement à l’importation de poissons surgelés qui fait perdre à l’Afrique des centaines de milliers d’emplois au profit de ses principaux fournisseurs que sont la Chine (60% de la production mondiale), l’Inde, le Vietnam , la Thaïlande, le Myanmar, l’Indonésie, etc, selon des données récentes de la FAO. En 2017, par exemple, le Cameroun a importé 181 678 tonnes de poissons surgelés pour une valeur de 114,3 milliards de FCFA ; contre 311 millions de dollars US (181 milliards de FCFA) pour le Ghana qui, en 2018,  a dépensé cette rondelette somme pour cette denrée alimentaire d’après le Département américain de l’agriculture (USDA) dans un rapport publié le 12 mars 2019. Ces dépenses colossales de l’Afrique pour l’achat de poissons surgelés importés chaque année contrastent pourtant avec son énorme potentiel en matière de pêche et de production aquacole et piscicole

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Des études récentes démontrent que l’Afrique est un continent doté de plusieurs ressources en poissons abondant dans ses océans, rivières, lacs et eaux de crue. Malheureusement, cette importante ressource aquatique est surexploitée par des entreprises de pêche issues d’autres nations. Et plus précisément, des chalutiers industriels espagnols, chinois, français, japonais, russes ou coréens. Très souvent, ces hors-la-loi n’ont pas la moindre licence, comme le confirme si bien  cet article de Kyle G. Brown du Monde diplomatique, publié en mai 2018, intitulé « L’Afrique dépouillée de ses poissons».

D’après les estimations du centre de données FishSpektrum , une plateforme spécialisée dans l’identification des navires, que cite Le Monde Diplomatique, la Chine disposerait à elle seule d’une flotte de 600 bateaux disséminés  le long de l’Afrique de l’Ouest, de Gibraltar au Cap. « Leurs concurrents européens, russes et turcs leur disputent âprement cet espace », précise notre confrère. En 2010, le continent a produit 9,9 millions de tonnes de poissons, dont 2,7 millions (1/3) sont provenus des établissements piscicoles, 1,49 million de tonnes de l’aquaculture et le reste des captures marines, selon le rapport de la FAO de 2014. Une performance qui est bien loin du potentiel de 13 millions de tonnes de poissons dont l’Afrique est capable de produire grâce à la pêche, selon un document publié le 15 octobre 1986 par Jack Weber et Henri Durand, dans le cadre d’une réunion de l’Onudi.

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Cette faible contribution de l’Afrique à la production mondiale de poissons s’explique en partie par la vente des droits de pêche dont nombre d’Etats africains semblent en être friands. Ce qui, d’après la FAO, leur rapporte 400 millions de dollars par an, alors qu’en exerçant eux-mêmes ces droits ils s’assureraient des recettes de l’ordre de 3,3 milliards de dollars l’an. En créant de vraies compagnies de pêches, et en boostant les filières aquacoles et piscicoles, le continent produirait pourtant beaucoup plus de poissons, et donc de richesses. Cette carence constitue une belle opportunité d’affaires pour de potentiels investisseurs : aider l’Afrique à produire ce qu’elle consomme. Les maigres efforts consentis ces dernières années permettent d’être optimiste. Ces dernières années, la production aquacole du continent a été plus rapide (14%) qu’en Asie (6%), avec une production qui est passée de 399 000 tonnes en 2000 à 1,49 millions de tonnes en 2011, soit 2,2% de la production mondiale (FAO 2014).

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D’après les projections, la demande africaine en poissons et produits dérivés augmentera de 30% d’ici 2030 ; avec un ratio du poisson importé sur la consommation par tête d’habitant qui devrait passer de 4% en 2000 à 34% en 2030. De quoi encourager les investisseurs potentiels à s’intéresser davantage à ce secteur d’activité, au moment où les Etats continuent d’améliorer le cadre réglementaire du secteur.

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