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Produits pharmaceutiques : La fabrication et la distribution des médicaments en Afrique vont peser 50 milliards de dollars US en 2020

Alors que les dépenses du continent s’élevaient à 20 milliards de dollars US en 2012, contre 14 milliards de dollars en 2010, les multinationales contrôlaient déjà plus de 70% de ce juteux marché, au détriment des industriels africains.

by Joseph Djotié

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produits pharmaceutique Crédit Photo AFD
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Alors que les dépenses du continent s’élevaient à 20 milliards de dollars US en 2012, contre 14 milliards de dollars en 2010, les multinationales contrôlaient déjà plus de 70% de ce juteux marché, au détriment des industriels africains.

Chaque année, l’Afrique dépense des milliards de dollars afin d’importer des médicaments qu’elle peut produire sur place. En 2012, le continent africain  a importé des médicaments d’une valeur d’environ 14 milliards de dollars  pour soigner ses populations, sur des dépenses en produits pharmaceutiques qui cette année-là s’élevaient à près de 20 milliards de dollars, contre 14,5 milliards de dollars US en 2010, selon les données de la revue de Proparco (Secteur privé & développement) sur les médicaments en Afrique.  Sur des importations de produits pharmaceutiques à l’échelle mondiales d’un montant de 370,7 milliards de dollars US en 2017, l’Afrique en a importé 3,2% (l’équivalent de 11,8 milliards de dollars), juste derrière l’Amérique latine (3,5%), les pays d’Asie (19,4%), l’Amérique du Nord (20,5%) et l’Europe (51,6%), d’après World’s Top Exports (WTEx). Beaucoup moins, certes, mais le montant dépensé reste énorme. Des produits essentiellement fournis par l’Inde, l’Europe, la Chine, les Etats-Unis, etc, selon divers rapports.

Cette forte dépendance du continent  aux produits pharmaceutiques importés est une exportation directe des milliers d’emplois africains vers les pays producteurs de médicaments et autres, et en même temps une perte sèche de plusieurs dizaines de milliards de dollars US chaque année. De l’argent qui peut être récupéré par la production  locale des médicaments. Selon les experts, ces chiffres, qui ne manquent pas d’attirer de l’attention,  devrait en principe donner quelques idées fertiles aux investisseurs du secteur privé.  Malheureusement, ils demeurent encore peu nombreux à investir dans la production locale des médicaments sur le continent. Tant les freins, qui expliquent d’ailleurs la forte importation des médicaments,  restent nombreux.

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Mis à part l’Afrique du Sud et la Tanzanie, au Sud du Sahara il est difficile de trouver des unités de production de principes. Selon la revue de Proparco du 4ème trimestre 2018, l’accès difficile aux financements, le manque d’harmonisation réglementaire entre pays, la faible quantité de personnels hautement qualifiés, ainsi que les obstacles liés à la mise en place d’outils industriels performants, etc, constituent des freins supplémentaires au développement des acteurs privés de l’économie des médicaments en Afrique. A cela, il faut aussi ajouter les difficultés d’accès aux matières premières, ainsi que des contraintes logistiques majeures (respect de la chaine du froid, complexité des opérations de dédouanement, délais de livraison aléatoires, etc)

 

L’attractivité du secteur des médicaments en Afrique

En dépit de ces barrières, le continent africain demeure attractif pour les investissements dans le secteur des médicaments. Et ceci, pour plusieurs raisons. A en croire Proparco,  « l’incidence de plus en plus élevée des maladies chroniques (cancer, diabète, infections pulmonaires, maladies cardiovasculaires, etc.), les transitions démographiques à l’œuvre, le volume croissant de médicaments génériques produits, la promesse d’une couverture universelle ou encore l’émergence de classes moyennes disposant d’un pouvoir d’achat qu’elles sont prêtes, pour partie, à dédier à leur santé, sont autant de facteurs de croissance de la demande de médicaments en Afrique ».  D’ après Marie-Paule Kieny, ancienne sous-directrice générale de l’OMS, présidente du conseil d’administration du Medecines Patent Pool et DND, qui a d’ailleurs fait un fait article dans cette revue de Proparco,  « les dépenses anticipées pour les produits pharmaceutiques devraient atteindre entre 40 et 45 milliards de dollars (50 milliards de dollars, selon d’autres rapports) par an en Afrique d’ici 2020, contre 14,5 milliards en 2010 ».

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Plus intéressant à savoir, seuls 10% de la population ont accès à une  couverture sociale en matière de santé dans la moitié des pays d’Afrique subsaharienne , selon  Natasha Sunderji, responsable Santé mondiale, Accenture Development Partnerships, qui a rédigé un article sur  l’indispensable transformation des chaînes d’approvisionnement dans le secteur pharmaceutique subsaharien, dans la revue de Proparco du 4ème trimestre 2018. Autres raisons d’investir, la chaine d’approvisionnement constitue un sérieux problème pour les patients, tout comme la production africaine de médicament reste faible.

L’Afrique du Sud, qui produit principalement pour son marché intérieur, est le plus  grand producteur du continent avec 3,19 milliards de dollars de ventes en 2016. « Le groupe sud-africain Aspen, dont le développement résulte d’un partenariat avec le groupe GSK, est le plus gros producteur du continent. Plus modeste, mais leader sur son marché, le groupe marocain Cooper Pharma met en œuvre une stratégie d’implantation d’usines de production en Côte d’Ivoire et au Rwanda pour pénétrer les marchés d’Afrique de l’Ouest et de l’Est », indique Proparco. Au Cameroun, au Mozambique et en Namibie, l’Indien Africure vient d’y construire des usines et entend ouvrir d’autres en Côte d’Ivoire et en Ethiopie. Mais il en faut  beaucoup plus,  pour que  le continent réduise véritablement ses dépenses en médicaments chaque année, au profit des grands groupes basés à l’étranger. Sur cet aspect-là, les pouvoirs publics ont un rôle crucial à jouer, en accordant par exemple des incitations et d’autres facilités, comme c’est déjà le cas au Cameroun, en Côte d’Ivoire ou au Nigéria.

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